

Introduction
Vanessa Springora, née le , est une éditrice, écrivaine et réalisatrice française. Elle publie, début janvier 2020, l'ouvrage Le Consentement, témoignage de sa relation avec Gabriel Matzneff lorsqu'elle était adolescente et lui adulte.
Biographie
Situation personnelle
Vanessa Springora est élevée par une mère divorcée. Son père, qu'elle décrit comme absent dans Le Consentement, meurt en janvier 2020.
Après une scolarité au collège Jacques-Prévert, puis au lycée Fénelon, à Paris, et deux années en classes préparatoires, Vanessa Springora obtient un DEA de lettres modernes à l’université Paris-Sorbonne. Elle est réalisatrice-autrice en 2003 pour l’Institut national de l’audiovisuel, avant de devenir assistante d'édition au sein des éditions Julliard en 2006. Elle en est la directrice depuis décembre 2019.
Elle coordonne parallèlement depuis 2010 la collection « Nouvelles Mythologies », dirigée par Mazarine Pingeot et Sophie Nordmann, pour les éditions Robert Laffont.
Le Consentement
Dans son livre intitulé Le Consentement, paru chez Grasset le , Vanessa Springora décrit, en le désignant par ses seules initiales, l'emprise qu'a eue l'écrivain Gabriel Matzneff sur elle. Ce dernier n'a jamais caché son penchant pour les très jeunes adolescents ou les enfants : déjà en 1974, il écrit un essai titré Les Moins de seize ans, publié chez Julliard et « mode d'emploi pour les pédophiles » d'après Springora, abordant sa relation avec un garçon de douze ans, ses habitudes de tourisme sexuel, ainsi que d'autres turpitudes. Par la suite, il a lui-même retracé la relation avec Vanessa Springora dans le récit La Prunelle de mes yeux, volume de son journal paru en 1993, qui couvre la période allant du 13 mai 1986 au 22 décembre 1987, mais « avec sa version des faits », « du point de vue du chasseur » selon Vanessa Springora ; elle se voit à l'époque n'être qu'« une proie vulnérable » soumise à une prédation à la fois « sexuelle, littéraire et psychique ».
Les faits décrits dans ce livre remontent à la seconde partie des années 1980, durant son adolescence, et commencent alors qu'elle est âgée de 13 ans et lui de 49 : elle reconnait être à l'époque « encore vierge » mais avec « une envie d'aller vers la sexualité ». Alors qu'elle a accompagné sa mère, attachée de presse dans l'édition, à un dîner où l'écrivain était présent — le 6 novembre 1985 —, celui-ci la contacte plusieurs fois ensuite, l'attend à la sortie du collège presque chaque jour ; elle est alors en classe de quatrième. Les premières relations sexuelles, elles, arriveront malgré le fait que la jeune fille, âgée de 14 ans alors, n'ait donc pas encore atteint la majorité sexuelle de quinze ans en vigueur en France. L'écrivain loue une chambre d'hôtel à proximité et Vanessa Springora néglige alors le collège. « À quatorze ans, on n’est pas censée être attendue par un homme de cinquante ans à la sortie de son collège, on n’est pas supposée vivre à l’hôtel avec lui, ni se retrouver dans son lit, sa verge dans la bouche à l’heure du goûter » écrit-elle. Il partage avec elle sa vie parisienne dans le monde littéraire : dîners, théâtre, cinéma, visites, entretiens avec la presse, elle se joint à lui régulièrement. « Mais, en fait, notre activité principale, c'était le sexe » explique-t-elle. Quelque temps après, la Brigade des mineurs est alertée par lettres anonymes puis Vanessa Springora est admise à l'hôpital des enfants malades.
Elle explique que c'est notamment l'obtention du prix Renaudot par Gabriel Matzneff en 2013 qui la révolte et la pousse à écrire, souhaitant faire entendre sa version. Elle dit que c’est par l'écriture, alors qu'elle en a été longtemps incapable, qu'elle tente de se réapproprier cette histoire, après avoir souffert de celle des livres de Gabriel Matzneff. Elle précise qu'à l'époque, elle était « consentante », ce qui l'a empêchée d'aller en justice alors que le statut d’écrivain de Matzneff l'aurait longtemps protégé.
Répercussions
L'ouvrage obtient un retentissement médiatique international avant même sa parution, posant la question de la pédophilie, de la pédocriminalité et s'interrogeant sur le milieu littéraire français des années 1980. L'Express parle « d'un récit sans concession sur son expérience avec le romancier ». L'ouvrage est supposé avoir autant d'importance dans le milieu littéraire en France que le témoignage d'Adèle Haenel pour le cinéma. Dès sa sortie, après un premier tirage prudent, son éditeur Grasset lance rapidement cinq réimpressions consécutives ; 10 000 exemplaires sont écoulés en trois jours et l'ouvrage atteint immédiatement la première place des ventes « Essais-Documents » et la deuxième place en format Kindle sur Amazon.
À la suite de ces révélations, l'association Innocence en danger demande à ce que les ouvrages de Gabriel Matzneff soient retirés de la vente, alors que Vanessa Springora s'est elle-même exprimée contre cette action.
Quant à l'écrivaine québécoise Denise Bombardier, qui avait déjà publiquement réagi contre les agissements à caractère pédophile de Gabriel Matzneff lors de l'émission de télévision Apostrophes diffusée en , elle salue un « livre remarquable, courageux, d’une écriture chirurgicale ».
Ouvrage
- Le Consentement, Paris, éditions Grasset, , 216 p. Prix Jean-Jacques-Rousseau 2020 de l'autobiographie
Film
- Dérive (documentaire), avec Camila Mora-Scheihing, 2004 Le film reçoit le prix Jeunesse en 2005 à Traces de Vies – Clermont-Ferrand (France) et est sélectionné en 2004 au FIFF-Festival international de films de femmes - Créteil (France).