Joseph Briand
Frans arts (1876-1961)

Joseph Briand

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Frans arts (1876-1961)
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Male
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Birth:
12 January 1876(Lannion)
Death:
30 January 1961(Paris)
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Introduction Biographie Les premières affectations Médecin colonial de l'Assistance médicale La Grande Guerre Conclusion Notes et références
The details
Biography

Introduction

Joseph Briand (Lannion, - Paris, ) est médecin colonial. Il exerce de 1898 à 1914 dans le Haut-Oubangui, en Chine et Indochine française, à Madagascar et il participe pendant la Première Guerre mondiale, à l'expédition des Dardanelles en 1915 dans la péninsule de Gallipoli, puis en service à Canton en 1916-1918 et de juin 1918 à mars 1919 à l'hôpital de Fréjus. À la retraite militaire en 1921, il entame une carrière civile de médecin de campagne. Il meurt à 85 ans, laissant de nombreux documents personnels, précieux du point de vue scientifique, humaniste et historique, qu'il ne pouvait rendre publics de son vivant.

Biographie

Joseph Briand naît cinq ans après le début de la Troisième République, laïque, dans une Bretagne catholique de tradition, où le socialisme se développe avec l'essor industriel. À Lannion, port ouvert sur la Manche par Le Yaudet, ville commerçante, implantée dans une campagne riche, Joseph s'épanouit au milieu de sa famille et de ses amis, sa bande, comme il l'écrit. Bon élève, bachelier à seize ans, il fait partie de la troisième promotion de l'école de santé navale de Bordeaux. En 1897, à 21 ans, il soutient sa thèse de médecine. En 1898, il reçoit sa première affectation, pour le Congo, l'année ou Victor Segalen entre à son tour chez les navalais, les étudiants de l'École de Santé Navale de Bordeaux créée en 1890. Briand appartient à cette génération d'hommes compétents et décidés, qui parcourent le monde, dans un contexte bien décrit par Jules Verne et Paul d'Ivoi.

Pendant des années Joseph Briand écrit, des quatre coins du monde - ayant réussi à faire le tour du monde - à sa mère, Madame Briand et à sa soeur Louise qui tiennent à Lannion une boutique de mercerie, et pendant la guerre à sa femme, Madame Briand. Son écriture est agréable, les informations nombreuses et de qualité; il se défend de valoir Pierre Loti, dont il aime la prose et dont il découvre, peu après lui, des lieux mythiques, Pékin et la cité interdite, le monde hellénique.

Il arrive au Congo en 1898 quand Pierre Savorgnan de Brazza le quitte. Toute sa vie, il croise ou fait connaissance de personnages célèbres ou importants - du moins sur le moment - et participe à des faits historiques, ou particuliers, qu'il rapporte avec le sérieux de médecin dressant un diagnostic. Il se laisse aller aussi à la poésie des moments vécus, originaux, exotiques ou simplement beaux, comme beaucoup, tel le docteur Adolphe Cureau, qu'il rencontre à Bangui, où les poètes de l'époque, ses contemporains, mais eux morts jeunes à la guerre de 1914-1918, Ernest Psichari et Charles Péguy. Sa rencontre avec le musicien Camille Saint-Saëns à Majorque en 1898, le met en joie.

À Bangui, le docteur Briand réceptionne au poste et soigne les membres des explorations nombreuses et variées concernant l'Oubangui, le Nil, le Chari et le Tchad. L'époque du docteur Noël Ballay, des premières explorations en Afrique Noire, est terminée. Les nouvelles missions sont plus ciblées; il s'agit de définir un territoire, de le déclarer pacifié, occupé par une puissance coloniale, pour le faire reconnaître comme colonie d'une métropole selon les règles de l'Acte de Berlin définies à la Conférence de Berlin en 1885. Le docteur Briand voit passer la queue de la Mission Marchand remontant l'Oubangui vers le Nil, les missions de Henri Bretonnet venu commander au Chari et en lutte contre Rabah; d'Émile Gentil vers le lac Tchad une seconde fois, du docteur Huot et de l'administrateur Bernard vers la Sangha, quand se constitue la colonie d'Oubangui-Chari; il assiste le lieutenant Archambaultmourant, qui donne son nom au Fort-Archambault sur les rives du Chari. Il rencontre des missionnaires, des commerçants, des responsables civils et militaires, qui sont là à titre privé ou en mission, les ambassadeurs des sultans du Baguirmi et du Dar Kouti, Gaourang et Mohamed-es-Senoussi, rentrant de France. En 1900, il réceptionne dans le Haut-Oubangui, à Rafaï, la mission Roulet évacuant le Bahr-el-Ghazal abandonné aux Anglais après Fachoda, 1898. Il est un des deniers Français encore en Oubangui à ce moment-là.

Ce que vit Joseph Briand dans le Haut-Oubangui, il le vit dans ses autres postes aux colonies : un service médical militaire et civil, profitant des avancées de la médecine, dans tous les domaines et dans celui de l'étude des maladies tropicales. Briand appartient aux prosélytes de Louis Pasteur et va jusqu'à suivre des cours à la Faculté de Médecine de Paris et à l'Institut Pasteur pendant son congé réglementaire de repos, entre deux "colonies".

La Première Guerre mondiale marque une rupture dans sa vie, comme pour tous et comme beaucoup de combattants, de l'État-major ou Poilu, bien que vivant, sans être parmi les Gueules cassées, il n'en revient pas indemne. Malgré Anastasie, la censure, dont il se moque en faisant attention cependant à ce qu'il écrit, il continue à remplir des pages qui sont reçues en France. Il prend beaucoup de photos.

Dans les années 1920, la paix revenue, il quitte l'armée et, médecin de campagne dans la région parisienne, il poursuit sa lutte contre les maladies, en relation avec le baron de Rothschild dans son œuvre pour la protection de l'enfance. Il partage ensuite sa retraite avec sa femme, Marie-Louise Caralp, principalement à Paris, Dinard et Nice.

Les premières affectations

Congo

Joseph Briand s'embarque à Marseille, sur le Tibet, de la Cie Fressinet, le 25 mars 1898 pour l'Afrique noire.

Gabon

Il débarque à Libreville, fait connaissance avec la société coloniale, ses aspirations, ambitions, déceptions. D'un certain côté, c'est Clochemerle, de l'autre, la mise en œuvre du développement du Gabon. Il rencontre le Commissaire Général du Congo Français Henri-Félix de Lamothe, successeur de Savorgnan de Brazza en janvier 1898. Il voyage avec un des Frères Tréchot de Loango sur la côte atlantique à Matadi sur la rive belge du Congo, où démarre la ligne du chemin de fer qui conduit au Stanley pool, évitant ainsi la route des caravanes Loango-Brazzaville. Là, Mgr Augouard le conduit sur son vapeur, le Léon XIII, à Brazzaville.

Congo français

Dans la capitale du Congo, alors que le docteur Allain remplace l'administrateur Albert Dolisieour par interim, il assure pendant son séjour la visite médicale des tirailleurs pour le oulager dans sa tâche. Il découvre la pénurie, la pauvreté des marchés, le manque de viande, les problèmes de ravitaillement dans un pays où tout pousse facilement. Comme à Libreville, les colons sont superficiels, carriéristes, vaniteux pour les uns, solides, courageux et déterminés pour d'autres, ceux qu'il apprécie.

Haut-Oubangui

En vapeur, sur "La France", de la S.A.B., Société Anonyme Belge, il parvient, en aval de Bangui au seuil de Zinga, où la période des basses-eaux de l'Oubangui, oblige la poursuite du voyage en pirogue. Il rencontre le gouverneur de l'Oubangui, Victor Liotard les administrateurs Georges Bruel et Henri Bobichon qui rentrent en France.

Bangui

Le docteur Spire l'accueille; il le remplace au poste comme médecin et chef de popote. Il revoit Allain docteur de la deuxième mission Gentil vers le Tchad, des agents civils, Pinel pour le Chari, Perdrizet, le commerçant Albert Bonnel de Mézières et son équipe, Louis Martel, Charles Pierre avec lequel il aime chasser, Raymond Colrat de Montrozier et Bourgeault déjà venu dans le pays avec Victor Liotard, qu'il retrouve au gré de ses déplacements dans la colonie; le hollandais Anton Greshoff, directeur de la N.A.H.V. ou Maison hollandaise; des aventuriers Fredon, Sherry, Ferdinand de Béhagle fait prisonnier puis exécuté par Rabah; des missionnaires spiritains, l'évêque, Mgr Augouard, le Père Gourdy Supérieur de la Mission Saint-Paul-les Rapides à Bangui, le Père Moreau Supérieur de la Mission de Notre-Dame-des Banziris près de Bessou, le Frère Séverin assassiné par les Bondjos à son arrivée en 1898, dont il récupère le corps, d'autres encore. Briand raconte les explorateurs, les militaires et civils, les Belges installés sur la rive opposée de l'Oubangui. Il a des contacts avec les tribus alentours, plus ou moins "civilisables" selon son expression, anthropophages ostensiblement ou discrètement, selon leurs rapports avec les "Blancs", car beaucoup recherchent leur protection, garantie de paix avec leurs voisins. Il sympathise avec le chef banziri Bembé qui a reçu les explorateurs Crampel et Jean Dybowski; ce dernier a appris le français à Boroungba, qui a le même âge, vingt-trois ans, que Briand. Les deux jeunes gens visitent ensemble les N'Gapous.

Les sultanats

Quittant les régions fétichistes, Briand rencontre les sultans du M'Bomou, Bangassou, Rafaï, Sémio. Le fils du Rafaï, Hetman, du même âge que lui, sert d'interprète avec le vieux sultan,que le docteur apprécie et qui au poste français éponyme attend le passage des troupes du capitaine Édouard Roulet qui évacuent le Bahr el-Ghazal après la reculade de Fachoda.

Ouango

En 1900, le docteur Briand cumule les fonctions de médecin et chef de cercle à Ouango sur le Mbomou. Il vit proche des populations pas vraiment pacifiées comme le reconnait Henri Bobichon, alors délégué du Commissaire général du Congo français ; il accueille les colons, notamment le "protégé" de Bobichon, Maurice Superville, neveu du ministre des colonies, secrétaire en 1898 du gouverneur Henri de Lamothe, bientôt administrateur hors cadre et Directeur de la Société de la Kotto. Le docteur Briand, au nom du gouvernement, recrute les pirogues et les pagayeurs nécessaires au transport des colons, concessionnaires, et de leurs charges, venus pour le trafic de l'ivoire, du caoutchouc. Le problème des transports est de plus en plus lourd, Briand se sent abandonné dans une colonie abandonnée aux intérêts privés, faute de moyens de la part de l'État français. Sa déception est sensible, il aspire à rentrer en France.

Il fête Noël 1900 et ses 25 ans en janvier 1901 à Lannion.

Tonkin et Annam

1901 octobre, Joseph Briand, médecin aide-major 1re classe, vogue à destination de Haïphong. Il retrouve à Hanoï son cousin Jean Gravot, également médecin colonial, de peu son cadet.

Hà Giang

Le poste du docteur est à Hà Giang, dans les hautes montagnes, près de la frontière du Céleste Empire. Il soigne les tirailleurs des troupes coloniales et les soldats de la Légion étrangère, organise des tournées de vaccination dans la population rurale, plus pauvre, écrit-il, qu'en Oubangui. Il se rend au poste chinois de Bac-Bao où le chef de poste lui narre l'affrontement de ses troupes avec celles du colonel Dominé au Siège de Tuyên Quang et cherche à visiter tous les lieux se rapportant à la guerre du Tonkin, Langson, Bắc Ninh la citadelle prise par le général Négrier, le pont où est mort le commandant Henri Rivière.

1902. Les pirates, ou pavillons noirs, nombreux en Chine, écument le Yunnan, pillent les récoltes, brûlent les villages, exterminent les paysans, et font perdre leur autorité aux mandarins. Briand a vu des filets suspendus à la porte d'un poste frontalier chinois, contenants des têtes de suppliciés et des pirates attachés à la barre, la cangue au cou.

Hanoï

1902, inauguration du pont Paul Doumer, qui enjambe le fleuve Rouge à Hanoï, en présence de Doumer, gouverneur d'Indochine. Le typhon estival dévaste le delta : nombreux morts, trafic ferroviaire interrompu, lignes télégraphiques endommagées. Septembre, inauguration de l'Exposition Universelle de Hanoï en présence du nouveau gouverneur d'Indochine, Paul Beau. Briand et ses camarades s'y rendent presque quotidiennement, profitant des nombreuses attractions. Briand y retrouve même son camarade Camille Spire, qu'il a remplacé à Bangui.

1903. Tournée de vaccine dans la région de Phu lang Thuong; le pirate Doc-Xuyet, devenu grand mandarin, l'invite à déjeuner. Les vaccins proviennent de l'Institut Pasteur de Saigon, à la demande de l'hôpital de Hanoï. La tournée est interrompue à cause des fêtes du Têt.

Phan-Rang

Printemps 1902. Briand est en Annam, à Phan-Rang ; il éprouve pour Nha-Trang, dont la baie lui rappelle celle de Trestaou près de Lannion, le même attrait que le docteur Yersin installé sur sa concession à Sui-Hao. Briand part soigner Carnoisson, blessé par un tigre, avec le garde Dru et quelques Moïs, sur le mont Lang-Bian, où Doumer et Yersin ont prévu de construire un sanatorium, projet abandonné par Paul Beau. Briand raconte les conséquences, le gaspillage colonial irresponsable.

Moncay

1903 novembre. De nouveau à la frontière chinoise, à Moncay au bord de la mer, au pied de la montagne, Briand assure le service de l'hôpital, de la garnison inclues les familles des officiers, de l'ambulance ; et l'administration, beaucoup de paperasserie, qui prend du temps et son service est lourd par manque de médecins.

1904. Il assure en plus le service des jonques chinoises, descendant le fleuve jusqu'à la mer, dans la lutte contre la peste et le choléra. La région est peu sûre ; le Père Grandpierre lui raconte le massacre d'un jeune douanier français et ses matelots annamites par des pirates, entre Mui-Ngoc et Kinh-Thuc. Des rassemblements de "bandits", jusqu'à deux mille, sont signalés près de Moncay, côté chinois.

Avril 1904, le docteur Gaimard le remplace ; Briand rentre en France, après deux ans et demie, avec son cousin Jean Gravot qu'il retrouve à Saïgon, sur le Cao Bang de la Cie Nationale.

Chine

Le docteur Briand quitte Marseille sur le Polynésien en mars 1906, arrive un mois plus tard en vue du Cap Saint-Jacques, à l'embouchure d'un des neuf estuaires du Mékong, en aval de Saïgon, où il fait escale, avant de repartir pour Hong-Kong et Shanghaï. Il fait à bord la connaissance du capitaine de saphis Thézillat, qui a fait partie de la mission Foureau-Lamy et vient commander un escadron de cavaliers annamites à Hanoï. Le paquebot arrive le 23 avril 1906 à Shanghai, à l'embouchure du Yang-Tsé-Kiang.

Shanghai

1906. Shanghai "le Paris de l'Extrême-Orient", la concession française, l'animation du port quai de France et sur le Bund de la Concession Internationale, avec le siège des banques, des grandes entreprises, des consulats. Pour lui, ville de richards et de plaisirs pour les Européens et les Chinois où il fait bon se pavaner, à cheval, en voiture, s'exhiber avec le "tout Pékin" au Bubbling Well, écrit-il, lui qui se contente d'un pousse-pousse, n'est-il pas un inconnu?...

Pékin

1906 Il assure le service à la caserne, rencontre le docteur Onimus, médecin de la Légation, qui dirige l'hôpital français St Michel au Pé-tang et qui lui confie le service sanitaire des religieux et religieuses et une mission à l'hôpital indigène qui en dépend; il fait appel à lui en cas d'urgence - accidents graves au chantier du Chan-Si - sur la ligne du chemin de fer Pékin-Hankou en construction, pour opérer les blessés. Les environs du Pétang, où la communauté chrétienne s'était réfugiée sous la protection de Mgr Favier pendant la révolte des Boxers, sont toujours en ruine et gardent le souvenir des combat, du sacrifice de l'enseigne Henry. Briand assiste en septembre à une grande cérémonie lors du transfert de cercueils de soldats morts en 1901, restés dans des pagodes. Mgr Jarlin célèbre une messe solennelle dans la cathédrale, à laquelle assistent le Ministre soit l'ambassadeur de France, les officiers et membres des Légations européennes et plusieurs milliers de Chinois catholiques du Pé-tang et prononce un sermon de circonstance. L'ambassadeur Edmond Bapst un discours au cimetière marin, là plusieurs noms de marins bretons sont inscrits sur les tombes.

Dans la capitale de l'Empire du Milieu, le docteur mène une vie mondaine, assiste aux réceptions données par les Légations, rencontre le reporter du Temps Jean Rodes, enquêtant sur la situation en Chine, le reporter du Matin, du Taillis, organisateur de la course Pékin-Paris, le général Lefèvre, commandant du corps d'occupation, Mr. Ping, directeur des Postes Chinoises, des Anglais, le directeur des douanes chinoises Sir Robert Art... d'autres médecins au Chemin de fer, des ingénieurs, et toujours des Bretons : le colonel Tassel, de Perros près de Lannion; il déjeune chez le commandant Firmin Laribe passionné comme lui par la photographie, assiste à l'arrivée du prince japonais Fushimi Hiroyasu en visite à l'Empereur Guangxu; les Japonais hurlent Banzai sur son passage et Briand imagine les cosaques dans la foule se rappelant leur fuite en Mandchourie en 1905.

Mandchourie

1907 Une mission en Mandchourie conduit Joseph Briand sur les champs de bataille de la guerre russo-japonaise, Tié-Ling, Liao-Yang et Moukden au titre de médecin de l'État-major et bon cavalier, comprenant l'anglais. Il a, pour l'occasion, étudié la situation, les ressources miltaires des forces en présence, les opérations, d'après un dossier préparé par le colonel Lavenir.

Tien-Tsin

1907-1908 Joseph Briand à l'Arsenal, à Tien-Tsin, retrouve la vie des concessions étrangères : bal chez le consul de France Paul Claudel, réception au yamen du Vice-roi du Pe-tchi-li, pour l'anniversaire de l'impératrice Ts'eu Hi, de hauts personnages, mandarins, officiers et consuls des puissances étrangères, en uniforme et tenue d'apparat. Pour l'anniversaire du mikado, l'empereur du Japon, réception grandiose, théâtre japonais, danses de geishas, lutteurs, Japonais et Japonaises en costume traditionnel.

En hiver, où il fait très froid, Briand patine sur le fleuve, le Peï-ho gelé si fort, qu'on y fait passer des canons, ou il chevauche à travers la campagne, rentrant les moustaches prises dans des blocs de glace. Et il commence à préparer, tel Phileas Fogg, son tour du monde, rentrant par le Japon et les États-Unis.

Médecin colonial de l'Assistance médicale

Cochinchine

1909 Briand débarque en Cochinchine à la fin de l'année. À Saïgon, il assure un service temporaire : garde à l'hôpital, surveillance sanitaire (peste et choléra) des bateaux de commerce étrangers, autopsies comme médecin légiste, mais son poste est à Bentré, au service d'Assistance de la province. Il dirige l'hôpital indigène et la Maternité, la formation du personnel indigène : les sages-femmes à la Maternité de Cho-Lon, les infirmiers vaccinateurs à l'hôpital de Cho-quan. Les vaccins utilisées lors des tournées dans les villages proviennent de l'Institut Pasteur de Saïgon. Le docteur Briand, comme il le décrit dans son rapport annuel de 1910, fait agrandir et moderniser les bâtiments.

Et il visite le pays, participe à une chasse au tigre, rencontre la population, déjeune chez un chef de canton, soigne la fille du conseiller de province .. dont il refuse les avances. Il relate les tentatives de corruption, les abus de pouvoir dont il est témoin, refuse de se laisser acheter. Il rencontre les missionnaires et religieuses catholiques et ainsi rapporte des tissus de crépon confectionnés par les pensionnaires des Sœurs de Saint-Paul de Chartres à Culao Gieng; il assiste, à Caï-mon, au cinquantenaire de prêtrise du père Gernodo installé là trois ans après la prise de Saïgon par les Français en 1859, période où les chrétiens étaient massacrés.

Joseph Briand rentre en France en été 1911, pour un congé de vingt mois. En décembre1912, il accède au grade de médecin-major de 1re classe et va avoir 36 ans, toujours célibataire ; il songe à se marier. A dire vrai, il compte profiter de son congé qu'il passe en partie à Paris pour réaliser le projet. Le 13 janvier 1913, il épouse Marie Louise Caralp, de quatorze ans sa cadette.

Madagascar

1913. Le docteur Briand est chargé de l'Assistance médicale de la population, avec la formation du personnel de santé de l'île, l'organisation des soins gratuits et des vaccinations contre la variole, la peste avec les vaccins de l'Institut Pasteur de Madagascar à Tananarive.

Majunga

Il débarque avec sa femme à Tamatave. Le couple s'installe à Majunga où naît Yves Briand, futur historien de Lannion. Madame Briand découvre la chaleur torride, la pauvreté aussi, les poulets éthiques, les enfants quasi nus et la vie des Colonies; elle s'occupe des réceptions d'usage, joue du piano, les soirées sont charmantes; parmi les invités, des militaires, le général Arthur de Salins breton, le lieutenant-colonel Le Magnan, le capitaine d'artillerie Dandeleix, Sougnac, le médecin Roton, Picard directeur d'une grosse société. Le 14 juillet, fête nationale, comme dans toutes les possessions françaises et à Madagascar depuis Gallieni, a lieu en 1913, de manière traditionnelle, et en1914, malgré la situation internationale.

Tananarive

2 août 1914, le docteur Briand est affecté à l'hôpital militaire de Tananarive; 3 août l'Allemagne déclare la guerre à la France, 4 août, la foule, qui depuis quelques jours se réunissait devant la poste, lit l'avis de Mobilisation, le docteur, officier, s'apprête à rentrer en France pour combattre les Allemands. Il débarque en novembre à Marseille, après un voyage réussi, sans rencontrer de sous-marin.

La Grande Guerre

Paris

Attendant son départ pour le front, Briand est affecté à un bastion des fortifications de Paris et se rend quotidiennement au Val de Grâce. Il décrit les visites, l'accueil des trains de blessés arrivant du front à la gare, l'ambulance privée de la Samaritaine, Paris en guerre,

Dardanelles

1915 Le docteur Briand, affecté au 4e régiment mixte colonial du Corps expéditionnaire d'Orient, le C.E.O., quitte Marseille en mars, sur le Paul Lecat, qui fait escale à Bizerte en Tunisie, puis vient mouiller en rade de Moudros, dans l'ile de Lemnos, dernière étape avant les Dardanelles. Le docteur et d'autres sont enthousiastes de voyager en mer Égée, rappelant l'Antiquité grecque, la guerre de Troie, Ulysse, Patrocle, les héros et demi-dieux de la mythologie. Briand raconte le débarquement dans la presqu'île de Gallipoli, les chefs, d'Amade, Bailloud et Gouraud, les massacres auxquels il assiste, au ravin de Kérévès-Déré, à Sedd-el-Bahr et à Krithia. En creusant les tranchées, les soldats français découvrent une nécropole daté du VIe ou Ve siècle av. J.-C., selon le Conservateur du musée de Constantinople, Gustave Mendel qui se trouvait là en tant qu'interprète, attaché au général de brigade.

22 juillet 1915, Briand, épuisé, constate que sur les cinquante-six officiers embarqués à Toulon le 4 mars 1915, seuls six sont encore en service; parmi eux, trois médecins, dont lui. Début août, il est rapatrié en France.

Toulon

1915. Après un mois de repos à Perros, au bord de la mer, et à Lannion, à son retour des Dardanelles, Joseph Briand attendant l'organisation d'une nouvelle expédition contre la Turquie ou la Bulgarie, est affecté au Dépôt à la caserne de Toulon, où il passe la visite des soldats prêts à partir au Moyen-Orient. Parmi les officiers et les soldats, c'est l'hécatombe, dans les familles, peu sont épargnées, enfin il reçoit sa nouvelle désignation, la Chine.

Canton

1916. À Canton, le docteur est affecté à l'hôpital Paul Doumer dans la ville chinoise à deux kilomètres de l'île de Shameen, où il habite avec sa famille, dans la concession française jouxtant la concession anglaise. En plus de son service, il enseigne et fait passer les examens des futurs médecins chinois. La situation politique du pays est trouble, la république a remplacé l'empire, Sun Yat-sen, président de la République succède en quelque sorte à l'empereur Puyi; à Canton les troupes du maréchal Lung s'affrontent, à coups de canons, aux révolutionnaires qui veulent une République de Chine du Sud. Les Européens ne sont pas concernés, néanmoins le docteur Briand doit soigner à l'hôpital les blessés des deux camps. En juin, les Chinois fêtent à coups de pétard, l'avènement du nouveau président de la République, après la mort de Yuan Shikai, quel que soit leur camp.

Briand accepte la surcharge de travail, pensant au massacre des Dardanelles et il a le cœur tourné vers les Poilus qui, à Verdun, livrent une bataille terrible, qu'il pense décisive. Comme à Pékin, il fréquente les autorités civiles et militaires. Ses relations avec Mgr. de Guébriant sont excellentes, mais mauvaises avec le consul Joseph Beauvais, qui montre une mauvaise volonté manifeste envers les Sœurs de St Paul de Chartres, de Hong-Kong, recrutées par Briand pour aider à l'hôpital. Le consul ne peut cependant interdire au docteur de se rendre en pèlerinage au tombeau de Saint François Xavier, dans l'ile de Sancian. En mai 1918, Briand, épuisé, rentre en France.

Fréjus-Saint-Raphaël

Briand est affecté à l'hôpital militaire, l'HC 86 de Fréjus-St Raphaël, au service des contagieux des Tirailleurs sénégalais et annamite. De nouveau il soigne les tirailleurs, africains et asiatiques. Mais, très éprouvé par la guerre, physiquement et moralement, le docteur demande sa mise en retraite militaire.

Conclusion

Joseph Briand a vécu, en France et dans les colonies, les débuts de la IIIe République, avec les lois Jules Ferry des années 1880, l'affaire Dreyfus 1898, la séparation de l'Église et de l'État 1905, la colonisation en Afrique Noire et en Extrême-Orient, dont plusieurs années dans des régions non pacifiées, reconnues en guerre, et les deux Guerres mondiales du XXe siècle; il meurt lorsque la Ve République a deux ans. Il témoigne de l'action coloniale de la France, dans ses extrêmes au besoin, et du développement des transports toujours plus nombreux et performants, avec les conséquences sur le temps et l'espace, des progrès des sciences et de la médecine, et leurs conséquences sur la population. Il s'intéresse à la vie culturelle, littéraire et artistique de l'époque. C'est un homme ordinaire, médecin, père de famille nombreuse, qui connut une vie passionnante, qu'il raconte dans ses lettres, avec des compléments oraux aujourd'hui perdus pour nous : " Que de choses j'aurai à vous dire à mon retour, je n'ose pas vous parler de tout ce que je vois, car je serai traité de blagueur; je vous raconterai, entre autres, l'aventure d'Ascornet et de ses éléphants, qui dépasse comme curiosité tout ce qu'on peut imaginer "; à côté des histoires plus ou moins folkloriques, il laisse des relations sérieuses, intéressantes sur la vie en France et dans les colonies, entre la fin du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle.

Distinctions

  • 11 juin 1915 Citation à l’ordre du Régiment 4e Régiment Colonial mixte de Marche
  • Croix de Guerre 1914-1918
  • Officier de la Légion d’honneur
  • Médaille coloniale

Écrits de Joseph Briand

- Traitement de l’épilepsie essentielle par les opérations pratiquées sur le Grand Sympathique cervical. Thèse de Joseph-Louis-Marie Briand, éd. Bordeaux, 1907

- "Extraits du rapport annuel de 1910, de M. le Dr BRIAND, médecin-major de2e classe, médecin de l'assistance de la province de Bentré (Cochinchine)", A.H.M.C., no 15, p. 292-296,Paris 1912

- "Trois cas de pleurésie séro-fibrineuse et deux cas d’hydrocèle traités par l’autosérothérapie", Annales d’hygiène et de médecine coloniale. no 15,1912.

- "Un cas de kala-azar ", Bulletin de la Société Médico-chirurgicale de L’Indochine. T.VIII; no 2. 1917

Bibliographie d'époque

  • Danrit (Le capitaine), Sémant (Paul de), La guerre en ballon, 370 pages, Ernest Flammarion, Paris, s.d. (avant 1900).
  • Farrère Claude, Extrême-Orient, Flammarion , 126 pages, 1924.
  • d'Ivoi Paul, Cigale en Chine, Voyages excentriques. 462 pages.1901.
  • Leclercq Jules Chez les Jaunes. Japon-Chine- Mandchourie, 300 pages, Plon, Paris 1910
  • Loti Pierre, Les derniers jours de Pékin, 466 pages, Calmann-Lévy, Paris, 1901.
  • Loti Pierre, La Turquie agonisante, 124 pages, Calmann-Lévy, Paris, 1913.
  • Homère, Iliade, Odyssée, Arthème Fayard Ed., Paris.

Bibliographie

  • Baron Jehan de Wite, Un explorateur et un apôtre du Congo français. Monseigneur Augouard… vicaire apostolique du Congo Français. Sa vie, ses notes de voyage et sa correspondance, Paris, Emile-Paul frères 1924, 372 p.
  • Dias-Briand M.C., "Joseph Briand, médecin à Bangui 1898". Recherches Centrafricaines. Senanque, 1981
  • Dias-Briand Marie-Christine, “Les Archives du Docteur Briand. L’Oubangui en 1898-1900”. Recherches centrafricaines, no 18, p. 165-178 Institut d’histoire des pays d’Outre-mer, Aix-en-Provence.1984
  • Boulvert Yves, Bangui 1889-1989, Points de vue et témoignages. Ministère de la Coopération et du Développement, Paris, 1989, p. 80-83 (ISBN 2-907888-39-0)
  • William J. Samarin La politique indigène in the history of Bangui Revue française d'histoire d'outre-mer 1992 Vol. 79 No 294 p. 53-86 www.persee.fr/doc/outre_0300-9513_1992_num_79_294_2961
  • Briand-Lachèse Marie-Christine, Oubangui 1898-1900 : Apogée et abandon s'une colonie à travers le témoignage de Joseph Briand, médecin colonial , Aix-en-Provence, 2009, 492 p.
  • Deville Patrick, Peste et choléra, 225 p., Seuil, Paris, 2012
  • Marie-Christine Lachèse, en coll. avec Bernard Lachèse, DE L'OUBANGUI À LA CENTRAFRIQUE, la construction d'un espace national, L’Harmattan, coll. HISTOIRE AFRIQUE SUBSAHARIENNE République centrafricaine, août 2015, 352 p.   (ISBN 978-2-343-05854-2)  
  • A. P. Paluel-Marmont, La mission Roulet, la France sur le haut-Nil (1898-1900), d'après les documents, rapports, carnets de route inédits du capitaine E. Roulet, 1933
  • Monnais-Rousselot Laurence, « Paradoxes d'une médicalisation coloniale. La professionnalisation du "médecin indochinois" au XXe siècle », Actes de la recherche en sciences sociales 2002 Vol. 143 No 1 p. 36-43

Notes et références

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