Abraham Gradis
French private banker

Abraham Gradis

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French private banker
Gender:
Male
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Birth:
1699(Bordeaux, Urban Community of Bordeaux, Gironde, France)
Death:
17 July 1780(Bordeaux, Urban Community of Bordeaux, Gironde, France)
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Biography

Introduction

Abraham Gradis, né vers et mort le à Bordeaux, est un financier bordelais, armateur du roi.

Prenant la suite de l'entreprise familiale et grâce à ses qualités et son entregent, il développe son négoce particulièrement au profit de la couronne et marque son insertion dans l'approvisionnement colonial et le système de production et d'échanges transatlantique et caribéen mais également au Canada.

Biographie

Parents

Abraham Gradis est le fils de David Gradis (v. 1665-1751) et de Marie Sara Mendes-Moreno. Son grand-père Diego était un modeste marchand bordelais qui avait dû quitter Toulouse sous la pression antisémite du clergé pour s'établir en 1685 à Bordeaux et y fonder la Maison Gradis installée cours des Fossés, aujourd'hui cours Victor-Hugo.

L'un de ses cousins germains, fils d'Antoine Gradis (un frère de David), s'appelle également Abraham Gradis. Il est envoyé à la Martinique en 1726 par son oncle David Gradis pour y vendre de la pacotille avec son cousin David Mendès ; cet Abraham (fils d'Antoine) et David Mendès fonderont la société de commerce Gradis & Mendès.

Mariage

Le , il épouse Esther Gradis (1712-1776), sa cousine, fille de Samuel. Surnommée « Gradille ou Gradillette », elle sera de nature délicate, aimable et intelligente, possédant comme son époux une personnalité qui la fera se lier avec la haute société, élogieuse à son égard. Le couple restera sans enfant.

Développement de la Maison Gradis

Dès sa jeunesse, Abraham entre dans cette maison fondée par son grand-père et alors dirigée par son père. Vers 1720, il réalise plusieurs voyages à Paris, aux Pays-Bas et à Londres.

Il développe la firme fondée par son grand-père, après y avoir succédé à son père. Sous la direction d'Abraham Gradis, elle acquiert une importance considérable dans les années 1740 et il assure beaucoup de fret pour le roi. L'amitié et la confiance que lui porte Maurepas y contribuent.

Lors de la guerre de Succession d'Autriche, il obtient du surintendant du commerce l'exclusivité du commerce avec la Nouvelle-France. Il crée en 1748, la Société du Canada, qui arme et charge pour le roi, avec comme associé l'intendant de la Nouvelle-France François Bigot et le contrôleur officiel Jacques-Michel Bréard (qui seront condamnés en 1763 dans l'affaire du Canada). Ayant armé quarante navires en direction du Canada pour le compte de la Couronne ou de ses représentants, sans compter les navires qu'il y envoie pour son propre compte, il fait également bâtir de vastes magasins au Québec pour les produits bruts et manufacturés qu'il fait venir de France

En 1756, il est chargé d'acheminer dépêches et ordres secrets vers la Nouvelle-France, ainsi que de l'approvisionnement des magasins de Québec pour le compte du roi, devenant ainsi un agent maritime du roi. Plusieurs dizaines de ses navires font le voyage vers la Nouvelle-France durant la Guerre de Sept Ans pour y approvisionner les troupes et colons français. Il reçoit instructions en 1757 de transporter sur ses navires huit cents soldats pour la Nouvelle-France. Durant cette guerre, il fait plusieurs millions d'avances au roi.

En 1759, à la nouvelle de la dispersion de la flotte du maréchal de Conflans suite à la défaite de la bataille des Cardinaux, il donne ordre à son correspondant de Londres, Benjamin Mendès da Costa, d'ouvrir des crédits illimités et sans distinctions, pour son compte, à tous les commandants et capitaines de l'escadre française fait prisonnier.

Gradis est chargé par le ministre de la Marine Choiseul, avec lequel il entretient d’excellentes relations et qui l'appelle « mon cher Gradis », de ravitailler les Antilles à partir des années 1760. Il est associé au protestant bordelais Jean-Jacques de Bethmann en 1761 pour une expédition de quatre navires transportant des troupes, vivres et fournitures à Saint-Domingue.

En 1763 à 1780, le duc de Choiseul lui confie à plusieurs reprises le commerce des possessions françaises d’Afrique occidentale, où il a acheté l'île de Gorée, puis de Cayenne et des Antilles. En 1764, Choiseul le charge de approvisionnement général en fournitures et vivres des colonies d'Amérique (Guyane, Martinique, Saint-Domingue, Sainte-Lucie, Guadeloupe, Marie-Galante et la Désirade) sur trois ans. Il obtient en 1767 du duc de Praslin, ministre de la Marine, la charge de l'envoi de numéraire aux colonies d'Amérique, puis, de l'abbé Terray, la fourniture des îles Bourbon et de France, et enfin, du ministre de Boynes, l'envoi de numéraire vers les îles Bourbon et de France, ainsi que vers les comptoirs des Indes.

Les caisses du royaume de France étant épuisées en raison des coûts des guerres, la Maison Gradis se trouva en difficulté financière en raison des prêts faits au roi Louis XV et encore en attente d’être remboursés. À cette occasion, il exhorta le ministre Berryer à honorer ses engagements. Ce dernier insinuant que cette demande était un prétexte pour extorquer le paiement, Gradis répondit fièrement : « Le nom de Gradis, mieux connu dans les quatre coins du monde que celle du ministre de la France, est exempt de déshonneur. ». À la suite de cela, les revendications de Gradis furent honorées. Dans une lettre du mois de mars 1763, Bauffremont lui écrit « Vous êtes le père de la marine »

Abraham Gradis se retrouve associé en affaires avec Beaumarchais en 1776, par le ministre Sartine, pour les fournitures de guerre à destination des insurgés américains. Gradis fait construire des magasins à Brest en 1777 pour fournir aux officiers de la marine les approvisionnements qui leur sont nécessaires et qui lui ont été confiés par le ministre Sartine.

Il fonde la Banque Gradis en 1776, située dans l'actuelle rue Esprit-des-Lois. Lui succède la Banque Gomez-Vaez en 1816, puis la Banque de l'Aquitaine.

La Maison Gradis commerce aussi avec Londres, Amsterdam, Cadix, Lisbonne, etc. Elle pratique en outre la traite négrière qui correspond à 5 % de toutes ses activités : « David Gradis et fils arrivent en septième position des armateurs ayant armé à Bordeaux pour la traite, avec dix navires négriers de 1730 à 1786 » quand il y en a été armé plus de 500 par quelque 191 trafiquants négriers à Bordeaux de la fin du XVII siècle au début du XIX siècle.

David Gradis fait venir en France un esclave nommé Mercure pour son usage personnel, comme d'autres armateurs s'accompagnent de domestiques esclaves ou utilisent des Noirs pour décharger les bateaux. Leur présence sur le continent provoque d'ailleurs des protestations et un renouvellement de l'interdiction d'importer des populations noires en métropole mais la nécessité d'alors fait souvent loi. Ledit Mercure est son homme de confiance et le compagnon de ses voyages. Un des bateaux de la maison Gradis salle d'ailleurs Le Mercure. En 1759, l'esclave Mercure provoque un accident en galopant sur sa monture dans les rues de Paris et dont la victime, le comte Choiseul-Praslin, se plaint auprès de son maître.

En 1777, Abraham perd son épouse Gradillette après une chute d'un escalier du fait de sa cataracte qui l'avait rendue aveugle, et le reste de ses jours en est affecté. De son côté, il souffre de problèmes inflammatoires à la vessie qui le clouent sur une chaise. Son neveu et beau-frère Moïse l'entoure et s'occupe alors de son mieux de la maison Gradis dont il permet de récupérer une partie des créances pour lesquelles son oncle patientait depuis des années sans les réclamer.

Le , Abraham Gradis bénéficie d'une faveur exceptionnelle pour un Juif à l'époque, en récompense de ses nombreux et loyaux services auprès du Roi, à travers des lettres patentes obtenues par l'entremise des ministres Maurepas et Sartine, le naturalisant français et l’autorisant à posséder des terres et à obtenir les mêmes droits que les autres Français dans les colonies.

Bien qu'Abraham Gradis n'ait a priori pas de désir de propriété terrienne aux colonies, les nombreuses créances de ses débiteurs colons poussent la maison David Gradis & fils à devenir propriétaire de l'île de Gorée. Incitée en cela par Moïse, elle acquiert par ailleurs avec réticence une plantation en Martinique en 1776, l'habitation « Prunes » (de l'un de ses débiteurs), une autre propriété « La Caze » à Saint-Domingue en 1777 (d'un autre de ses débiteurs), ainsi qu'une troisième habitation dans le quartier des Nippes, pour les mêmes raisons, en association avec la maison de négoce bordelaise Bethmann & fils.

Immobilier

Abraham acquiert la terre noble de Monadey à Talence en , située entre l'église Saint-Siméon et l'ancienne rue du Petit Cancera, actuellement au 653, cours de la Libération. Cette propriété était l'ancienne maison de campagne (aujourd'hui disparue) d'un puissant monnayeur (d'où son nom, « monnayeur » (en gascon) : monadey) de Bordeaux, citoyen et premier maire de la ville de Talence au Moyen Âge ; elle sera cédée au XIX siècle à François Roul, député-maire de Talence.

En 1750, il fait édifier un hôtel particulier à l'actuel 138 cours Victor-Hugo à Bordeaux, dit Hôtel Gradis.

Il devient également propriétaire du domaine de Margarance, à Saint-Louis-de-Montferrand, et de terres à Cestas et Léognan.

Par ailleurs, ses créances le pousseront à acquérir des habitations aux colonies dans les années 1770.

Sollicitations et générosité

Juif observant, il est syndic de la « Nation portugaise », la naçao, à partir de 1738. Il fonde, pour sa communauté, la première Caisse mutuelle d'assurance maladie de Bordeaux.

Les archives montrent qu'Abraham Gradis reçoit de nombreuses demandes de soutien de communautés juives, telles que celles en 1759ou en 1766 pour le prier d'intervenir dans diverses circonstances comme pour empêcher qu'on contraigne les Juifs à acheter des maisons à tel emplacement ou qu'une loi lèse les chocolatiers juifs dans leurs intérêts.

Lors des guerres entre l'Angleterre et la France, et « à plusieurs reprises, Gradis risque sa fortune considérable dans des tentatives héroïques et désespérées pour percer le blocus anglais » en expédiant au Canada, aux frais de la société Gradis, des navires transportant des fournitures de guerre de grande valeur mais ne sera remboursé que partiellement après la fin des hostilités.

Il s'investit dans l'échange de prisonniers français détenus en Angleterre où ils reçoivent également de la nourriture et des vêtements aux frais de l'entreprise Gradis par l'intermédiaire d'agents en poste à Londres. Le roi Louis XV, par l'intermédiaire de son ministre, reconnaissait en termes élogieux les services rendus au Royaume par Gradis.

L’abbé Grégoire, favorable à l’émancipation des Juifs, l'argumentera en commentant la générosité et la bienveillance de Gradis, qui pendant la terrible famine dans les colonies françaises avait envoyé dix-sept cargaisons de vivres à la population de la ville de Québec.

Gradis bénéficiait d'une grande estime et amitié tant auprès des fermiers généraux (Bouret, Colin de Saint-Marc...) qui l'accueillaient comme l'un des leurs, qu'à la Cour (Maurepas, Machault, Choiseul...) et au sein de la grande aristocratie (le duc de Richelieu, le marquis de Narbonne, le duc de Lorges, le marquis des Herbiers de L’Etanduère...). Abraham Gradis, qui s'était lié également d'amitié avec la famille d'Harcourt et avec M de Beuvron plus particulièrement, se chargea de gérer son domaine de Capet (Saint-Hippolyte) et de veiller à la vente de ses vins. Lors de ses séjours à Paris, sur les instances de son amie, il logeait à l'hôtel d'Harcourt. Lui, le petit-fils de modestes marranes et de proscrits, a vu les gens de la Cour s'empresser auprès de lui et ne jamais tarir d'éloges sur son compte. À Versailles, le duc de Lorges l'a présenté au duc de Praslin en ces termes :

« C'est l'homme à qui j'ai le plus d'obligation et qui m'a rendu les plus grands services, et qui en a rendu à l'État et à tout le monde ».

À son décès en 1780, sa fortune est évaluée à plus de 10 millions de livres. Des nombreuses avances qu'il a faites à l'État, il en avait abandonné beaucoup et était réputé pour son désintéressement. Le jeune David Gradis qui succèdera à ses oncles Abraham et Moïse établit quelque mille comptes en attente de recouvrement en 1777. Très peu le seront : Abraham se faisait un honneur de ne pas mettre ses débiteurs particuliers dans l'embarras.

En raison de sa générosité, souvent patriotique, « que les plus grandes fortunes de Bordeaux n'égalèrent jamais à son époque », de sa personnalité amène, sa courtoisie et de son honnêteté, Abraham Gradis était un homme respecté et même la population lui témoigna de grands égards. Ainsi à l’approche de sa mort en 1780, les jurats de Bordeaux firent suspendre les sonneries de la grosse cloche voisine de son domicile et ne tirèrent pas canon le jour de la saint-Jean, pour ne pas perturber ses derniers jours.

N’ayant pas d'enfant, il répartit équitablement sa fortune entre ses quatre neveux (Jacob, Abraham II, Moïse II et David II), ses domestiques et les pauvres de la ville tant juifs que chrétiens et à ceux de Jérusalem.

Hommages

Le canton Gradis, situé dans la municipalité de Eeyou Istchee Baie-James dans la région du Nord-du-Québec, a été nommé en l'honneur d'Abraham Gradis en 1947 - appellation proclamée en 1965 et officialisée en 1968. Le lac Doda (signifiant anciennement « lac du père ») couvre presque la moitié de la superficie du canton. (Latitude N 49° 25' 00" - Longitude O 75° 11' 00" - Code géographique 99060).

Voir aussi

Bibliographie

  • Jean-Nicolas Dufort de Cheverny, Mémoires sur les règnes de Louis XV et Louis XVI et sur la Révolution, Ed. Plon, Nourrit et Cie, Paris 1886
  • « Gradis, Abraham », in "Jewish Encyclopedia"
  • Sylvia Marzagalli, « Opportunités et contraintes du commerce colonial dans l'Atlantique français au XVIIIe siècle : le cas de la maison Gradis de Bordeaux » in Outre-mers, tome 96, n° 362-363, 1 semestre 2009, L'Atlantique Français, sous la direction de Cécile Vidal, pp. 87-110. Lire en ligne.
  • Jean de Maupassant, Un grand armateur de Bordeaux. Abraham Gradis (1699-1780), préface Camille Jullian, éditions Féret & fils, 1931, texte entier : archive.org
  • Jean de Maupassant, Les Armateurs bordelais au XVIIIe siècle: Abraham Gradis et l'approvisionnement des colonies (1756-1763), 1909
  • Mémoires secrets de Bachaumont
  • Richard Menki, The Gradis Family of Eighteenth Century Bordeaux : A Social and Economic Study, 1997
  • Christine Nougaret, Archives et histoire de la Maison Gradis (1551-1980), 181 AQ 1*-156, Répertoire numérique détaillé et édition de texte, Paris, Archives Nationales, 2011.
  • Adrien Robitaille, Un serviteur méconnu du Canada : Abraham Gradis, 1699-1789 [i.e. 1780], 1946
  • Jean Schwob d'Héricourt, La maison Gradis et ses chefs, Argenteuil, 1975
  • Denis Vaugeois, La France et les Gradis, dans « Les Juifs et la Nouvelle-France », les Éditions Boréal Express, 1968.
  • Marc Flament, Porte des Amériques, Lattès, 1985
  • Paul Butel, Les Négociants bordelais, l'Europe et les Îles au XVIIIe siècle, Aubier, 1974

Lien interne

  • Traite négrière à Bordeaux